effet Mozart  
05.05.2021
Neuromythes : l’effet Mozart
source: lejournal.cnrs.fr

En 1993 des chercheurs américains publient dans la très prestigieuse revue scientifique Nature, une étude qui semble lier écoute de la musique classique avec le quotient intellectuel* (1). En réalité, les résultats sont bien plus complexes tout comme les conditions et l'interprétation de ces travaux.

Dans leurs travaux, Frances H. Rauscher, Gordon L. Shaw et Katherine N. Ky, de l'université de Californie ont fait passer une expérience assez simple à un peu plus d'une trentaine de volontaires. L'expérience se composait de deux phases. Dans un premier temps, les participants étaient répartis en trois groupes distincts, chacun avec des conditions de préparation différentes pendant 10 minutes avant le début de la tâche. Le premier groupe passait 10 minutes dans le silence, le deuxième groupe passait 10 minutes à faire des exercices de relaxation, et le troisième groupe passait, lui, 10 minutes à écouter la sonate pour deux pianos en ré majeur de Wolfgang Amadeus Mozart. A la suite de cette période de préparation, tous les participants passaient à la deuxième phase de l'expérience. Dans cette deuxième partie, les participants étaient soumis à une succession de tâches de résolution spatiale standard utilisées dans l'évaluation du quotient intellectuel testé par l'échelle d'intelligence Stanford-Binet* (2).

Et les résultats sont spectaculaires ! Les participants ayant écouté de la musique classique avant de réaliser les tests, présentent des performances aux tests améliorées et des scores de QI augmentés de près de 8 à 9 points, contrairement aux participants n'ayant pas écouté de musique classique.
Mais ces résultats impressionnants cachent en réalité de sérieux problèmes méthodologiques portant notamment sur le nombre trop faible de participants et une reproductibilité quasiment nulle de ces résultats par d'autres chercheurs dans d'autres laboratoires que celui dans lequel ont été conduits les travaux initiaux (3).

Malgré ces limites de fiabilité, le lien unissant l'écoute de musique classique et l'intelligence reste profondément ancré dans la société. Ce neuromythe - car c'est bien d'une fausse croyance dont il s'agit - est appelé l'effet Mozart et je vous invite à creuser avec moi ce sujet dans le podcast qui suit?


L'échelle d'intelligence Stanford-Binet est un test servant à quantifier le quotient intellectuel. Ce test mesure cinq facteurs : la connaissance, le raisonnement quantitatif, le traitement visuo-spatial, la mémoire de travail et le raisonnement fluide.

Le quotient intellectuel (QI) est le résultat d'un test psychométrique (i.e. effectué par un psychologue) vise à fournir une évaluation quantitative standardisée de l'intelligence humaine. En réalité, le QI n'est qu'une mesure partielle de l'intelligence qui permet uniquement de tester une partie des aptitudes d'un individu. Car, bien que la définition d'intelligence ne fasse pas de consensus, il semblerait que celle-ci englobe une multitude de capacités et d'aptitudes d'un individu. Multitude de capacités et d'aptitudes qu'il est difficile de totalement cerner et quantifier avec un seul test. La notion même de QI est assez critiquable et critiquée.

Pour aller plus loin:

Bibliographie
(1) Rauscher, F. H., Shaw, G. L., & Ky, C. N. (1993). Music and spatial task performance. Nature 365: 611
(2) Thorndike, R. L., Hagen, E. P. & Sattler, J. M. The Stanford-Binet Scale of Intelligence. Riverside, Chicago, 1986.
(3) McCutcheon L.E. (2000). Another failure to generalize the Mozart effect. Psychological reports, 87 (1): 325-330.

Christophe Rodo · La Tête Dans Le Cerveau #10 - L'effet Mozart


QI, effet Mozart, neuromythe


 16.09.2023 - 06h34
 23.04.2021 - 17h30
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